Chronique du démantèlement de la souveraineté alimentaire

Quelle coincidence que le film de Sébastien Pilote – Le Démantèlement –  relatant l’histoire d’un éleveur de mouton pris avec l’inévitable vente fragmentée de sa ferme, soit présenté à Cannes la même semaine où le gouvernement québécois lance sa politique de souveraineté alimentaire.

Si je travaillais pour une radio-compost, j’en ferais mes choux gras.

Pourtant, une des intentions derrière la politique de souveraineté alimentaire est de favoriser l’amélioration des conditions des éleveurs et agriculteurs québécois tout en dynamisant l’économie agroalimentaire et l’occupation du territoire. Comment? Manger local. Cela semble un peu simpliste, mais c’est un pas dans la bonne direction.

Dans une autre vie professionnelle, j’ai participé aux consultations d’experts organisées par le MAPAQ suite à la commission pronovost. Le discours ambiant s’articulait autour des facteurs de productivité versus rendement d’exportation. Évidemment, comme le disent si bien les légumes du domaine, il est plus intéressant de s’adresser à un marché de 7 milliards que de 7 millions.

Vraiment?

Cultivons-nous : je ne suis ni un radis économiste, encore moins une laitue agronome ou une cucurbitacée du développement territorial. Pourtant, j’ai habité la campagne profonde, cotoyé des éleveurs, fais boucherie avec leur famille de petits éleveurs en herbe, participé aux rallyes de la fête des récoltes et dansé au grand square dance du village : ces gens-là sont heureux, vivent simplement en contact avec chaque roche et reconnaissent le pas boitant du loup occasionnel qui vient rôder près de l’étable. Idyllique non?

Non. Vous irez voir Le Démantèlement, juste pour voir.

Les éleveurs québécois sont en dépression, les conditions de travail sont épuisantes : pas de vacances, beaucoup de responsabilités, peu de pouvoir sur la vente du produit et des incongruités qui feraient suer une honnête betterave.

Et on veut avoir accès à un marché de 7 milliards d’individus. Qui va cultiver? Vous? Moi? Monsanto? Patate.

Une petite ritournelle de mon enfance me revient à l’esprit alors que je rédige ces quelques lignes : savez-vous planter des choux à la mode de chez nous? Pas sûr combien d’avocats répondraient positivement à la question aujourd’hui…

Avec la nouvelle politique, je suggère une nouvelle version pour les garderies, les institutions et les citoyens :

Savez-vous qui plante des choux à la mode de chez nous?

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