Action, structure et vice-versa

Quelques nouveaux mandats sur la table et nous voilà bien replongés dans des exercices de planification stratégique en développement durable. Et comme à chaque fois, cette sempiternelle question qui revient nous hanter. Doit-on privilégier l’action ou la structure?

Je m’explique. En développement durable, plusieurs organisations sont adeptes de la structure avant tout ; une bonne démarche de développement durable doit inclure un diagnostic, un plan d’action, un mécanisme de suivi et de mesure, etc. En gros, cette méthode doit permettre d’identifier les problématiques et les opportunités d’amélioration, de prioriser les champs d’intervention, de consulter les parties prenantes… Bref, c’est lourd! Surtout pour de petites organisations qui n’ont bien souvent que peu de temps pour le développement durable. Pas étonnant alors que certaines privilégient l’action rapide, sans consultation ni méthodologie stricte. Mais est-ce qu’un mélange d’instinct, de discussions autour d’un café du matin et de manches retroussées est forcément moins approprié qu’une démarche ISO 26 000 ou BNQ 21 000? Rien n’est moins sûr!

J’ai récemment eu le plaisir d’être invité à l’inauguration de l’usine de méthanisation de la Laiterie Charlevoix à Baie-Saint-Paul. Tout au long de la visite, on nous a parlé d’un projet qui transpirait le développement durable et d’une vision d’entreprise qui était alignée avec ce concept. Néanmoins, l’organisation n’a toujours pas de plan d’action, de rapport de développement durable ou de comité vert. Cela ne fait pas de cette PME un moins bon exemple de développement durable appliqué pour autant.

Pourquoi privilégier l’action?

  • L’action motive les troupes plus rapidement et plus efficacement que la structure, surtout dans une petite organisation. Elle donne l’impression qu’on avance ;
  • L’action est plus visible et attire souvent une meilleure couverture média ;
  • L’action donne des résultats rapidement, même si ces résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes.

Pourquoi privilégier la structure?

  • La structure donne un sens à la démarche de développement durable et elle en facilite la compréhension ;
  • La structure cadre plus facilement avec le fonctionnement des grandes organisations, qui travaillent avec des plans stratégiques et des budgets prédéterminés. Dans ce contexte, les grands changements doivent être préparés longtemps d’avance ;
  • La structure permet normalement d’asseoir les actions sur une réflexion globale, ce qui évite de se concentrer sur un enjeu qui est mineur pour l’organisation ;

En fait, tout dépendant de l’organisation et de la maturité de sa démarche de développement durable, les deux approches peuvent s’avérer pertinentes. Ce qui m’amène à dire que le plus important n’est pas nécessairement le point de départ, mais plutôt la transition qui s’ensuit. Ainsi viendra un jour où une PME qui a axé sa démarche sur l’action se verra contrainte de structurer sa démarche. Cela se fera notamment pour mieux planifier les ressources financières et humaines à allouer au développement durable, mais surtout pour donner un sens aux actions qui ont déjà été mises en oeuvre. C’est en quelque sorte l’assemblage du casse-tête. Pour les organisations ayant choisi de commencer par structurer leur démarche avant de mettre en oeuvre des actions, le point charnière se situera évidemment dans l’exécution du plan d’action. Des dizaines d’articles ont été écrits sur cette difficulté et les raisons de la non mise en oeuvre du plan d’action pourtant bien conçu peuvent être multiples. Je ne m’étendrai pas sur le sujet.

La ligne est mince entre mettre en oeuvre plusieurs actions disparates, sans véritable cohésion, et se targuer d’avoir une démarche de développement durable. Mais j’ai vu aussi, trop souvent, des démarches structurées et des plans d’action très complets qui finissent par ne pas être mis en oeuvre. Lorsque vous entreprenez une démarche de développement durable, qu’elle soit axée sur l’action ou la structure, assurez-vous de prendre le temps nécessaire pour réfléchir dès le départ sur votre point charnière, votre moment de transition entre les deux approches. Ce sera le moment de vérité qui déterminera le succès de votre démarche et les bénéfices que vous pourrez en retirer.

Alors, entre action et structure, que choisissez-vous?

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2 commentaires

  1. Marie-Paule dit :

    Donner de la structure aux actions en place… tout un défi ! Dans le cas des coopératives… elles ont déjà des pratiques exemplaires en gouvernance, dans leur engagement envers la communauté, dans leur performance économique (elles durent plus longtemps que les entreprises privées), dans la répartition des richesses… et elles sont aussi généralement bonnes citoyennes en matière d’environnement. Mais ce n’est pas facile de faire le choix de struturer les pratiques en place depuis de nombreuses années. Espérons qu’elles vont faire le saut bientôt pour bien démontrer la plus value de l’identité coopérative en développement durable ! Merci pour cet article, ça nourrit l’argumentaire pour les en convaincre.

    • Matthieu Beauchemin dit :

      Tu as bien raison, Marie-Paule. Je crois que le secteur coopératif a beaucoup à nous enseigner à ce niveau et force est de constater qu’ils ont un modèle de gouvernance qui facilite, je pense, l’adoption des principes de développement durable. Comme tu l’expliques bien, le fait de structurer leurs actions autour d’une démarche cohérente en DD les aidera à faire valoir leur performance et rendra plus « compréhensible » et universelle leur démarche pour les autres acteurs de la société. Espérons que le CQCM pourra jouer un rôle de catalyseur à ce niveau dans un futur rapproché!

      En passant (et en primeur!), l’Apéro allant-vert du 14 septembre prochain traitera des coopératives (ou plutôt d’une coopérative!) et du développement durable… on pourra certainement y poursuivre cette discussion!

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